Quand les légumes grelottent

Publié le par Amap de St Jean d'Illac

 

Au nord de Bordeaux, la zone maraîchère attend le redoux avec impatience.

Philippe Laville, maraîcher à Bruges, dans un champ de choux rouges touché par le froid.
Philippe Laville, maraîcher à Bruges, dans un champ de choux rouges touché par le froid. (photo C. M.)

Même s'il est magnifique, le manteau neigeux sied mal à la zone maraîchère située au nord-ouest de l'agglomération bordelaise. Les légumes n'aiment pas le froid. Et les exploitants non plus. Hier matin, Philippe Laville installé sur le secteur de Labatut à Bruges n'avait pas le sourire. « J'ai mis mes trois salariés en congé pour la journée. ll ne faudrait pas que cette situation dure trop longtemps », assurait-il d'emblée.

On le suit dans un champ de choux rouges encore recouvert d'une pellicule de neige. Il craint qu'une partie de cette production soit perdue. « J'ai bien peur qu'ils pourrissent par le milieu. Pour qu'un légume soit sauvé, il faut qu'il dégèle dans la journée. Sinon, c'est foutu. » Plus loin, les poireaux résistent bien. Ils sont réputés pour cela. Mais il faut attendre le dégel pour les récolter. « Et il y aura beaucoup de perte », promet l'agriculteur.

Chambre froide

La situation est pénible, mais pas désespérée pour ce maraîcher qui travaille pour plusieurs Amap et pour des supermarchés. « Afin de continuer à préparer mes paniers, j'ai anticipé. J'ai rentré dix tonnes de légumes en chambre froide : des choux, des pommes de terre, des radis noirs, des carottes, des céleris-raves. Je suis obligé de poursuivre mon activité pour faire face aux charges d'exploitation qui sont très lourdes », poursuit Philippe Laville. « C'est un mauvais moment à passer. Les clients auront moins de choix. »

Sous les serres, la salade batavia, les blettes, la roquette, les épinards ont été recouverts d'un voile de protection pour les isoler du froid. « Je n'y touche pas, cela représente trop de manutention. À ce niveau-là, on arrête tout et on attend le redoux. J'ai renoncé à chauffer les serres au fioul. Trop cher. »

Dans un autre secteur de la zone maraîchère, sur la commune du Taillan, en limite de Blanquefort, Nicolas Capeyron, jeune maraîcher spécialisé dans le bio, exprime lui aussi un sentiment mitigé.

« Les choux de Bruxelles seront certainement sauvés. Mais les choux-fleurs, en pleine terre, sont cuits. Lorsque le froid pénètre dans le sol, la situation est préoccupante pour tous les légumes à racine, les carottes, les radis noir, le navet. J'espère toutefois pouvoir les sauver. »

À Eysines, Christian Cessateur, président des maraîchers de la Gironde et producteur de salades, a également donné congé à ses salariés. Pour lui aussi, il est urgent d'attendre.

« La situation n'est pas dramatique. Mais il y aura des dommages. S'il se remet à neiger et si le froid s'accentue, ce sera autre chose. Nous ne pouvons pas encore faire de bilan. »

Pas présentables

Certains ont arraché du poireau protégé par un voile, dans la journée. Il est consommable, mais pas présentable. Lorsqu'on le lave, les feuilles se ramollissent et la grande distribution ne l'accepte pas. Heureusement, il en reste encore un peu dans les frigos », indique-t-il.

Interrogé sur les conséquences de ce froid sur le porte-monnaie du consommateur, Christian Cessateur reconnaît que les prix risquent de monter. Il appelle les commerçants « à rester raisonnables sur les marges ». « Nous avons déjà vu le prix réglé au producteur multiplié par quatre », assure-t-il.

« La semaine dernière, le poireau était payé entre 30 et 50 centimes le kilo aux producteurs et on le trouvait, à la vente, entre 1,20 euro et 1,50 euro le kilo. »

Le fait que les productions sous serres occupent une bonne partie de la zone maraîchère explique sans doute la relative sérénité des maraîchers. Pour le moment.

Sur l'exploitation de Christian Cessateur, les batavias attendent sous un voile protecteur, dans un environnement chauffé (hors gel) que la météo annonce des jours meilleurs. « Jusqu'à la fin de la semaine on ne coupe rien », dit le producteur.

Mais certains craignent que leur note de chauffage explose. C'est le cas, par exemple, d'Alain Sanguinet, à Eysines, qui a semé, hors sol, des tomates et des concombres sous ses serres chauffées au gaz. Bref, chacun espère que la douceur reviendra vite.

 

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